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Je suis allé au cinéma, seul….jusque là rien d’original, car c’est une situation que je connais depuis l’âge de 10 ans, au moment où ma mère trouvait le moyen d’économiser les quelques sous qui allaient me permettre de fréquenter les salles obscures, tout d’abord dans une salle de quartier aménagée tous les dimanches dans un café à quelques encablures de chez moi, face à notre coiffeur habituel, autre spécialiste de la pellicule, puis par la suite au cinéma municipal aménagé dans la salle des fêtes dont le nom était « Le Mirage », tout un programme. Depuis le Grand Ecran est un compagnon indispensable de ma vie culturelle et je n’ai eu de cesse tout au long des années de le partager avec toutes celles qui ont tour à tour partagées ma vie.
Combien de films ai-je vu au cinéma, je ne saurai dire, je pense en avoir beaucoup qui m’ont imprégné car je ne sais pas pour vous ce qu’il en est mais pour moi, je me sens totalement immergé dans l’histoire, l’image donne des l’impression de voir des personnages quasiment à l’échelle humaine et le son encore plus depuis tous les progrès faits dans ce domaine me pénètre profondément, particulièrement la musique. Souvent l’émotion me gagne et je me laisse aller totalement aux rires et aux larmes, la télévision malgré tous les artifices dont elle s’affuble ne procure pas encore, loin de là, toute ces sensations.
Aujourd’hui je suis parti de bonne heure ce matin pour une séance qui débutait à 11 heures, mais surtout pour un film qui allait durer près de 4heures 30, heureusement, et je m’étais renseigné avant il y avait une coupure, un entracte, une mi-temps car je n’aurais pas pu retenir des besoins naturels qui si souvent me rappellent à l’ordre à mon âge avancé, de plus je pus prendre un petit en cas préparé essentiellement à base de fruits secs.
Mais de quel film s’agissait-il, quel est donc ce mystère, et bien il s’agit justement des « Mystères de Lisbonne » de Raoul Ruiz, une saga, une fresque, mais aussi un conte philosophique où au sein monde d’une noblesse défaite et décadente du début du 19e siècle, des personnages se croisent à l’instar de fantômes tour à tour vengeurs ou philanthropes, l’auteur du livre éponyme Camilio Castelo Branco a été surnommé le « Balzac Portugais », mais on peut ressentir l’influence de Stendhal, de Hugo, voire de Tolstoï mais aussi de Dumas, tant les rebondissements sont nombreux et les tensions nerveuses et aussi physiques entre les personnages sont grandes.
L’histoire est celle d’un orphelin confié aux bons soins d’un prêtre qui ne manquera pas de nous étonner tout au long du film, nous traverserons une grande partie de l’Europe Occidentale et certains personnages de l’Histoire de France serviront de repères pour certaines intrigues.
Parfois on peut malgré tout ressentir certaines longueurs, mais les plans sont très beaux, et la caméra prend de temps à autre des habits de voyageuse et se met à tourner autour des acteurs qui sont très convaincants et où les femmes rivalisent de beauté mais aussi de vivacité d’esprit et de cœur.
Enfin le film étant en version originale et à part un court instant en anglais puis quelques séquences en français, la langue portugaise ne m’a pas paru étrangère tant le vocabulaire est proche de l’espagnol que je connais plutôt bien, seul l’accent où les mots semblent s’étouffer au fond de la gorge rend parfois plus difficile ma compréhension.
Je suis sorti indemne de ce marathon et j’en redemande car quitter pendant 4heures 30 la réalité de notre monde actuel et un cadeau qui ne se refuse pas.
Après les mystères de Paris...
Mystères que seul Eugène Sue......